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Violence conjugale - la fin du couple est-elle la seule issue ?

Dernière mise à jour : 2 mai

La violence peut être un déclencheur de thérapie de couple. Je la prends très au sérieux, elle résonne toujours comme un signal d'alarme, une ligne rouge a été franchie.

Mais pourquoi viennent-ils consulter en couple ? Que cherchent-ils ? Y aurait-il une autre issue envisageable que la séparation de ce système qui menace la santé de l'un et la liberté de l'autre ?


thérapie de couple et violence conjugale
violence conjugale

"Une toute petite claque", "des coups tous les jours", "je n'ai plus de CB, il me donne 50€ par semaine", "à chaque dispute, on en finit aux mains ", "je l'ai juste poussé(e)"...

Autant de couples, autant de situations.


Quand parle-t-on de violence conjugale ?


Il s'agit tout d'abord de distinguer l'agressivité de la violence.


L'agressivité est une affirmation de soi, une forme "d'aller vers".

Il s'agit d'une pulsion, d'un désir de faire reconnaître sa puissance à l'autre.

Elle est avant tout relationnelle et exprime un besoin d'être entendu.

Dans l'agressivité, le lien n'est jamais rompu, l'autre n'est pas nié.


La violence est un abus de force, une force brutale imposée à l'autre.

Elle est intentionnelle et a pour but de détruire l'autre, d'atteindre son intégrité.


"La petite graine de la violence, elle pousse, elle pousse, et je pense que cette graine est en moi depuis longtemps, elle fait partie de mon bagage, de ce que m'ont transmis mes parents. La violence surgit comme un instinct animal, et vous murmure à l'oreille : c'est la faute de l'autre"- Mathieu Palain, Nos pères, nos frères, nos amis


A la différence des conflits, lorsqu'il y a violence conjugale, la place de l'autre est niée, la violence signe la fin de l’altérité.


Les violences touchent tous les milieux et tous les âges.

Elles peuvent être verbales, physiques, psychologiques, sexuelles, économiques et matérielles.

Elles ont lieu en huis clos, quand les portes sont fermées et sont peu ou pas visibles de l'extérieur. La victime a honte, elle n'en parle pas et cache les traces quand il y en a.


Les cycles se suivent et se répètent, de plus en plus vite, de plus en plus fort.

Il y a d'abord une phase de tension où la victime tente d'apaiser les choses.

Vient ensuite l'agression qui libère l'auteur de sa tension, la victime est désemparée.

Puis c'est la phase des justifications, l'auteur est dans le déni et renvoie la responsabilité sur l'extérieur, sur les autres, faisant douter la victime de sa perception "j'ai passé une sale journée, pourquoi tu viens m'énerver", "c'est de ta faute aussi à me répéter 12 fois les trucs alors que je suis à peine réveillé"...

Et pour finir, c'est la réconciliation ou lune de miel. C'est le moment des je t'aime et des cadeaux, des promesses qui ne seront tenues que quelques mois, jours ou heures.

Dans certains couples, les cycles se répètent jusqu'à 2 fois par jour.


La violence est conjoncturelle (liée à un évènement particulier, chômage, décès, traumatisme) ou structurelle (liée au système couple lui-même).

Une violence structurelle s'installe dès la constitution du couple ou sa reconnaissance sociale "les coups ont commencé 5 jours après notre mariage, ça fait 25 ans", "on a pris un appartement ensemble et les coups ont commencé".


Quel travail peut-on faire en couple avec un conseiller conjugal ?


Le travail à deux, en couple, est possible uniquement si l'auteur reconnaît la violence, la nomme et si la victime en a également conscience.

Mon regard de tiers peut permettre ces prises de conscience, le couple peut alors percevoir ce qui est nié ou présenté comme étant normal dans l'intimité du couple. Cela existe et cela n'est pas normal et même interdit par la loi qui est au dessus de tout. Tant que rien n'est dit, le sujet reste tabou et le système couple ne protège qu'une seule personne, l'auteur.

Si l'auteur ne reconnaît pas la violence, le travail en couple ne peut avoir lieu, il risque juste d'accentuer l'insécurité de la victime.

Je peux alors accompagner soit l'auteur soit la victime mais pas les deux personnes ensemble.

Les deux membres du couple doivent également souhaiter du changement dans leur relation. L'auteur est responsable de ses actes et la victime de sa protection, de sa sécurité, d'autant plus s'il y a des enfants.


Comme pour tout suivi de couple, je commence par poser le cadre qui a d'autant plus d'importance qu'il va fixer des limites à l'auteur qui en a rarement connues.

Il s'agit d'exprimer le danger, la priorité restant la sécurité de la victime.

L'auteur a dépassé les limites, le rappel à la loi est systématique ainsi que le niveau de peine encourue (emprisonnement et amendes).

Dans le cadre, nous inscrivons l'interdit de porter atteinte physiquement pendant toute la période d'accompagnement sinon celui-ci prend fin.

Nous identifions également des personnes ressource pour la victime qui peut les appeler pour se mettre en sécurité si nécessaire.

Ainsi, nous protégeons la victime mais également l'auteur qui se met en danger en ayant recours à la violence.


Ce cadre a pour bénéfice d’offrir un espace de parole qui ouvre la voie au questionnement et qui donne la place à la différence.

L'auteur accède peu à peu à la parole et donc à l'altérité. Les mots sortent et viennent exprimer sa rage, sa colère.

Il s'agit de ne plus parler avec les poings mais de savoir dire "je ne suis pas d'accord", "ça me blesse".

La victime sort peu à peu de la honte, émotion qui exclut et chemine vers la culpabilité qui responsabilise car elle redevient sujet.


Nous écoutons, nommons, revenons sur les actes de l'auteur et de la violence.

Sans fausse pudeur mais en rappelant toujours l'interdit.


Ensemble, nous décryptons les mécanismes de la violence.

Ensemble, nous cherchons des alternatives à l'escalade.

Le couple cherche et propose des solutions qui seront expérimentées pour protéger les deux membres "quand je sens que ça monte, je peux partir écouter de la musique dans la voiture", "quand je perçois que la tension arrive et que la cocotte minute est prête à exploser, je vais appeler mon amie et aller dormir chez elle".

Ce travail est long et fastidieux mais peu à peu le couple découvre l'altérité et une autre manière de faire couple.


Quand il y a des enfants, nous travaillons la parentalité.

Le devoir de tout parent est d'assurer la sécurité de ses enfants.

Un enfant témoin de violence en est aussi victime.

Nous voyons comment les sécuriser et comment le couple parental peut éduquer.


Le parcours est long mais pour les couples désireux de changer et dans lesquels l'auteur reconnaît la violence, il y a une autre voie possible où l'altérité reprend peu à peu ses droits.


Mon rôle est de rappeler l'interdit d'une main tout en accompagnant, en guidant de l'autre...




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